MUNDO PATAQUES

Certains albums sont de vrais cadeaux. Et Alain Schneider sait faire de jolis cadeaux. Cet album en est un qui arrive un moment où plus rien ne tourne rond dans le monde qui nous entoure… un « Mundo Pataquès ».

La musique, les mots d’Alain, les dessins d’Alain, tout dans cet album se savoure comme un bonbon sucré en notes et piqués, avec des mots qui se tordent (mais pas tordus) qui épousent les plus jolies mélodies.

On a toujours une fâcheuse tendance avec les chanteurs et chanteuses, on les compare. « Alain Schneider - Le nouveau Alain Souchon », « Le Thomas Fersen des loupiots », « Le pape de la chanson pour enfants » (en vrai c’est pas vrai il est pas vieux et ne porte pas de Mosette) …

… et si on disait tout simplement « Alain Schneider » ? 

Si Henri Dès et Anne Sylvestre ont ouvert une voie en chantant pour les enfants. Alain a donné une voix à la chanson jeunesse sans jamais, jamais (plus) prendre les enfants pour des idiots. Alain Schneider est à part et sa poésie est unique : elle fait du bien et elle répare. 

Si la patte musicale de l’artiste est toujours là, quelque chose a changé. Comme si soudain les notes épousaient l’air du temps pour offrir des mélodies et des sons d’aujourd’hui.

Le fruit, sans doute, d’un long chemin, d’une grande envie... l’envie de surprendre encore une fois.  

Chaque chanson a son propre univers musical… des chansons ni trop nues ni trop habillées… jusqu’à donner l’envie pour certaines, de pousser les meubles pour bondir et sauter en rythme.   

Il y a une constante dans tous les albums d’Alain Schneider : son art de manier les mots. Ils sont sa pâte à modeler. Ils sont à double sens, à double tiroir, à double couche, à double tout et doublés de notes tantôt jazzy, tantôt d’ailleurs, tantôt grattées mais toujours enivrantes et dont on savoure l’heureux mariage…  

Avec Alain Schneider, on a rebarbouillé la vie et les mots, on a rêvé, on a pleuré, on a ri, on a regardé la mer, on a re-regardé nos mères, nos guerrières apache. Cette fois-ci, nous dit-il : agissons ! Voici donc « Mundo Pataquès » qui nous arrive dans un « Mundo loco-covid ».

Et l’artiste passe à la vitesse «supérieure-humeur ». Peut-être parce que comme il aime à le répéter au fil des interviews : « S’adresser aux adultes, cela ne sert à rien, c’est trop tard, le mal est fait ».

Le Mundo de demain, celui d’Alain et le nôtre est donc, nous dit-il, entre vos mains les enfants ! (Vous avez le droit de mobiliser les parents quand même !).

A-t-on des raisons d’être en colère contre ce monde qui ne tourne plus rond ? Oui. A-t-on des solutions ? Oui, grand oui nous chante Alain Schneider. Plus question de se renvoyer la balle, le «c’est pas, moi c’est lui »,  ça ne marche plus ! Regardons-nous, en bas, au milieu du ventre. Avec délice, dans « Le nombril » Alain Schneider nous retourne comme une crêpe les arguments des gros machos… « regarde ce petit bout de femme en plein milieu de toi ».

Quel meilleur argument que l’humour pour expliquer, démontrer. Et Alain Schneider maitrise cet art à la perfection. On prend soudain conscience du ridicule quand nous sommes le nez plongé dans les écrans toute la journée « l’image nous a mangés » et il enfonce le clou dans « Moi moi moi » qui évoque cette ère du selfie, et des réseaux plus vraiment sociaux où tout un chacun a des opinions sur tout « comme on coupe les oignons » et où l’on s’étale « ad libitum ». 

Il y a des sujets graves dans cet album, comme « la gueule du loup » et ces prédateurs qui velourent du regard en chantant des « vous me plaisez beaucoup ». Ne vous laissez pas faire les enfants, vous pouvez réagir et cette chanson-là sera votre hymne contre l’ignoble loup.  

Il y a un duo, joli duo avec Serena Fisseau. A la guitare, la mélancolie nous attrape et nous chope… les voix s’entremêlent, le regard posé sur cette méditerranée qu’ensemble ils ne veulent plus chanter « tant que ne vogueront pas des milliers de bateaux pour aller chercher nos enfants les sauver de l’eau ». Ces migrants pour qui « la mer n’est plus bleue », ces enfants migrants qui « rêvent de golfes plus clairs ».  

Alors que faire avec ce mundo plein de pataquès ?

Actions-réactions ! répond Alain. Faire appel au « docteur Bonne Humeur », le doc anti-morosité ! celui avec qui « bouger son corps laisser aller, secouer, secouer et danser encore !». Ô combien il est important de dire les choses…et provoquer un électrochoc. "Fais de ta vie un rêve, et d'un rêve, une réalité" écrivait Antoine de St Exupéry, « tu peux tout » ajoute Alain Schneider, « oser la lumière ». Tu es, nous sommes, vous êtes l’espoir.

L’espoir d’un mundo moins… pataquès…

Commençons, nous les humains, par arrêter de détruire cette terre où nous vivons et cessons de croire ces prestidigitateurs qui nous « emberlificotent avec arnaques et carabistouilles » à coup de « Ah ah Abracadabra ».  

L’avenir est à vous les enfants martèle Alain Schneider, oui vous ! Tous ! Les petits Albert Einstein, les « qui pensent à côté » « les zinzinventeures pour zinzinventer le monde de demain ».  

Et comme Alain Schneider a un gros défaut (on n’en cite qu’un seul on est sympa) : il croit en l’humanité. En nous. En vous les loupiots. Il nous trace la voie avec sa voix et ces voix qui l’accompagnent dans ce très bel album. Alors faisons comme Romane et que « Le Mana » (impossible à écouter en restant assis) nous gagne tous !

La partie n’est pas perdue !! Prenons-nous par la main, (Vivement qu’on se touche) et changeons ce « Mundo Pataquès » en « Mundo Allégresse ».

Ps (j’balance) : C’est Alain Schneider qui a posé ses jolis dessins façon Picasso dans le livret (en vrai ce sont des gravures).      


Laurent MARSICK

Chef de rubrique Service culture / Medias / jeunesse

Crédits :

Alain Schneider / Paroles, musique et chant

Thierry Garcia / Réalisation et arrangements

Lucien Zerrad / Réalisation et programmations

 

Johanne Mathaly / Violoncelle, basse, chant, choeurs

Thierry Garcia / Guitares, basse

Cyril Dompnier / Percussions, choeurs

Lucien Zerrad / Oud (6, 10), percussions

Thomas Henning / Trombone (1, 2, 7, 8, 11)

Serena Fisseau / Chant (6, 7)

Lauriane Schneider / Chant, choeurs

Clara Schneider / Chant, chœurs

 

Ideal Studio - Lucien Zerrad / Enregistrement et mixage

Ten Days Records - Arnaud Bascuñana / Mastering


Alain Schneider / Illustrations, gravures

Bénédicte Estripeau / Design graphique

Remerciements : 

Pour leur disponibilité, leur aide précieuse et leur générosité, un énorme MERCI :

à Danièle Compère, Nora Schneider, Radmila Dapic, Marie-Luce Crouzillard, Marinette Maignan.

à Victorie Music : Marie Sangla, Isabelle Moisan, Suzanne Boulet, Margot Labarrère.

à Alexis Bouriau et 3C, Marc Pfeiffer et l’Estival, Joël Breton et le 27 à Rouillac,

l’Espace Culturel de L’Haÿ-les-Roses, le CAEL de Bourg-la-Reine.

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